
Derrière l’explosion de couleurs, de formes et d’images qui composent l’œuvre de Kim Pov Eap se cache un parcours de vie marqué par l’exil, la perte et la résilience. À partir du 21 janvier, le public est invité à découvrir Sans crainte, une exposition présentée au centre multifonctionnel Guy-Dupré, à La Prairie.
Artiste visuelle d’origine cambodgienne établie à Montréal, Kim Pov Eap transforme l’indicible en un véritable festin visuel, affirme le commissaire de l’exposition, Norman Cornett. « Ses toiles foisonnantes, aux palettes chromatiques audacieuses, attirent le regard et invitent à la contemplation. C’est un art qui ne se donne pas tout cuit dans le bec », explique celui qui œuvre dans le milieu depuis plus de 40 ans.
Si l’histoire personnelle de Kim Pov Eap est profondément liée au génocide cambodgien, qui lui a pris son mari et ses deux filles, son art ne s’enferme jamais dans la noirceur, affirme M. Cornett. Le fil conducteur de Sans crainte est étonnamment lumineux. « Le mot qui revient le plus souvent sur les lèvres de Kim Pov Eap, c’est la joie », souligne-t-il.

Une joie farouche, née d’un profond désir d’aller de l’avant, qu’elle ne nomme que rarement en mots, selon M. Cornett. Peu bavarde, l’artiste laisse ses œuvres parler pour elle. Dessins, peintures, grands formats ou toiles plus intimistes : créer est chez elle un réflexe vital. Une manière de transformer la peur, l’anxiété et les souvenirs douloureux en une énergie créatrice.
C’est d’ailleurs au détour d’une grande exposition collective que M. Cornett découvre pour la première fois le travail de Kim Pov Eap. Parmi des dizaines d’artistes, une œuvre se démarque immédiatement. « Je n’avais jamais vu ça. C’était comme un phare dans la tempête. Je me suis dirigé vers son œuvre et je suis resté devant, bouche bée, pendant dix minutes », confie-t-il. Cette rencontre marquante mènera à une visite d’atelier, puis à une collaboration soutenue, culminant aujourd’hui avec cette exposition à La Prairie.
Deux présidents d’honneur de renommée internationale
L’exposition est coprésidée par le psychiatre de renommée internationale Dr Mounir Samy et par le juriste Peter Leuprecht, figure incontournable de la défense des droits humains. Un choix qui peut surprendre à première vue, mais qui s’impose naturellement, selon le commissaire Norman Cornett.
Spécialiste des mécanismes du traumatisme, le Dr Mounir Samy s’intéresse depuis des décennies aux différentes façons dont les êtres humains réagissent à des expériences extrêmes. Dans le cas de Kim Pov Eap, explique M. Cornett, la création artistique agit comme un puissant moyen de transformation et de guérison.
La présence de Peter Leuprecht s’inscrit dans la même logique. Ancien représentant spécial des Nations unies au Cambodge, ce juriste autrichien a joué un rôle clé dans l’analyse juridique du génocide cambodgien. Ses travaux, reconnus à l’échelle internationale, font aujourd’hui référence en matière de droits humains. Ayant rencontré Kim Pov Eap par le passé, il a rapidement saisi la portée de son œuvre et le lien profond qu’elle entretient avec l’histoire collective de son pays d’origine.
Les deux coprésidents d’honneur prendront la parole lors du vernissage, le 22 janvier. L’exposition se poursuit jusqu’au 26 avril.
(André Bouchard: albp@sympatico.ca)
NB: Collaboration spéciale : LE REFLET: Joëlle Bergeron